
20 Brumaire II
(Le 10 novembre 1793)
J’ai appris l’exécution de ma Manon il y a quelques heures. La tristesse m’enveloppe. Chère Mme. Roland, comme tu me manques ! Pourquoi étais-tu tué ? Est-ce qu’il faut que tu meures pour la liberté ? Je n’en crois pas ; moi, je n’ai pas de liberté… elle est morte avec toi.
O ma femme, qui était si douce et si belle ! Qu’est-ce qui c’est passé dans notre cher pays ? A quoi ça sers, la liberté ? Je ne crois plus en la république française. Tout a changé très vite ; quand on est arrivé à Paris, on avait beaucoup d’amis. Dans notre salon, tu as reçu tous les grands amis de la révolution. Aujourd’hui on n’a pas une démocratie ; on a de la peur et du désordre. On ne sait jamais quand on sera appréhendé par les révolutionnaires. Beaucoup de Girondins sont déjà morts; notre cher ami, Jacques-Pierre Brissot, a monté l’échafaud il y a un mois. Et si je suis honnête, j’accepte la mort depuis quelques mois ; quand je n’ai pas supporté la mort du roi pendant son procès, les Montagnards étaient furieux. Je savais à ce moment-là que mes jours étaient comptés.
Et maintenant je me réjouis de la mort.
** Quand on a trouvé le corps de M. Roland, grand homme politique, il y avait ce billet sur lui : « Qui que tu sois qui me trouves gisant ici, respecte mes restes ; ce sont ceux d’un homme qui est mort comme il a vécu, vertueux et honnête. » **