Thursday, April 14, 2011

Le secret


Émilie Chauchat
Emploi: mère, femme de M. Chauchat (petit boutiquier)
Classe sociale : bleu
Le 6 octobre 1943

Je suis angoissée. Les allemands viennent de faire une inspection de notre maison. Ils ont presque découvert notre secret, caché au sous-sol…

Depuis trois semaines on aide un soldat américain qui avait mal calculé son objectif en tombant de son avion. Il est venu chez nous tout seul en cherchant une cachette pour ne pas être trouvé par les allemands. Henri ne voulait pas l’accueillir mais il était blessé et il fallait faire quelque chose. Mon mari avait raison en disant qu’on prenait un grand risque ; on n’aide pas l’ennemi des nazis quand ils nous occupent. S’ils trouvent qu’on accueil un américain je sais qu’on sera tué. Mais qu’est-ce que je pouvais faire ? Quand je lui ai vu j’ai pensé immédiatement à Charles. Je pense qu’ils ont le même âge…

Mon pauvre fils, ca fait un mois depuis la dernière fois que j’ai reçu une lettre. Que fait-il à ce moment ? Est-ce qu’il est en sécurité ? Qu’il n’était pas si courageux… « Maman je suis homme et il faut que je me battes ! » O comme j’ai pleuré quand il m’a quitté. Grâce à Dieu que j’ai un nouveau projet en cet américain. Je m’occuperai de lui comme s’il était mon Charles. Je ne lui comprends pas mais je sais qu’il a une maman aussi et qu’elle lui manque… et je sais qu’il est reconnaissant – il ne faut pas parler la même langue pour comprendre ça.

Mais c’est très difficile de lui cacher, surtout à cause des restrictions de la nourriture. Il faut rationner nos petits provisions ; on ne peut pas demander plus de nourriture parce qu’on alertera les nazis que ce n’est plus seulement Henri et moi. C’est vraiment compliqué et on a toujours faim.

Au même temps, on a de la chance. On reste en vivant. Je n’attends que la fin de la guerre et le retour de mon fils.

Wednesday, March 9, 2011

« Moi joie ! »


Louis Blériot
Emploi : ingénieur, inventeur, aviateur
Classe sociale : bleu
Le 25 juillet 1909

Je l’ai fait ! Je l’ai fait ! Un Français a traversé la Manche en aéroplane avant qu’un anglais pouvait le faire. C’est vraiment remarquable… je me doutais ce matin, quand j’ai commencé le voyage. J’ai toujours mal au pied (je l’ai brulé il y a quelques jours, en faisant un vol d’essai) et je me demandais si je pouvais le faire. De plus, au début du vol il semblait que je me rentrais dans les câbles télégraphiques ! Il fallait aller très rapide pour les éviter ! Comme j’étais nerveux…

Mais je savais que c’était mon moment ; de plus, c’était l’heure de la France. Je suis fière de mon peuple parce que malgré tous les problèmes de notre gouvernement (l’opposition entre les gauches et les droits, l’instabilité ministérielle, etc.), on continue à faire partie de la révolution scientifique. Les politiciens ne peuvent pas arrêter le progrès de cette belle époque. (Et j’imagine qu’avec ces innovations, comme celle de l’aéroplane, on pourra se battre contre les allemands sans problème.) En effet, c’est un beau jour d’être français !

On n’est pas une république parfaite… comme un bleu, je comprends la situation désespérée des gens qui doivent travailler pour gagner de l’argent (ceux qui ne sont pas nés avec des privilèges comme les blancs.) Le chômage est toujours élevé et on travaille des heures longues pour un salaire médiocre. Mais il faut garder la morale. Moi je n’étais pas riche avant de commencer mes études dans l’ingénierie et j’ai perdu tout mon argent dans mon entreprise avec mon ami Gabriel Voisin. Mais aujourd’hui, après beaucoup de travail, j’ai réussit à traverser la Manche, et je suis riche. J’ai gagné un prix monétaire des anglais… 1,000 pounds ! Je me demande s’ils étaient contents en félicitant un Français…

Tuesday, February 22, 2011

J'ai beaucoup de travail à faire !


Tanguy Merlin
Emploi : propriétaire d’une petite société de construction
Classe sociale : bleu
Le 27 juillet 1852

Je viens de parler avec Baron Haussmann. Il m’a indiqué que notre nouvel empereur, Napoléon III, voudrait qu’on fasse quelques changements dans la structure de Paris. Je suis impatiente de commencer notre travail parce qu’il y a beaucoup de chose à faire (et moi je pense aux couts de tous ces projets ! On aura des grands jours de paie !) Haussmann a parlé des grands magasins, des bâtiments de 5 étages, des gares, des rues larges, etc. C’est vraiment super qu’on ait assez de travail. Pendant les dernières années sous Louis-Philippe, c’était très difficile de trouver de l’argent. Je me souviens des jours pendant la crise économique de 1847-1848… quand le gouvernement a créé des « ateliers nationaux, » il y avait des chômeurs qui ont volé beaucoup de mes projets de construction !!

Je préfère Napoléon III ; même s’il n’est plus un Président, j’ai des droits que je n’avais pas sous Louis-Philippe… par exemple, maintenant je peux voter ! De plus, on dit que « l’Empire c’est la paix » et à l’instant, c’est vrai. On s’occupe de l’économie et la création des boulots. Maintenant la petite bourgeoisie peut se développe ; on gagne de l’argent sans être noble ! Napoléon III comprend ce que Louis-Philippe ne voyait pas. Il faut encourager le progrès industriel. J’ai entendu parler que Charles Baudelaire et des autres artistes et écrivains ne sont pas contents qu’on aille reconstruire le quartier du Louvre. Mais à mon avis le quartier sera plus beau après quelques modifications.

Wednesday, February 2, 2011

"France, armée, tête d'armée, Joséphine...”


Dominique Longvilliers
Emploi : boutiquier
Classe sociale : bleu
Le 15 décembre 1840

Aujourd’hui était difficile. Grâce aux anglais, Napoléon est finalement retourné en France – c'est-à-dire qu’il peut reposer en paix dans le pays qu’il a servi pendant toute sa vie. Il y avait un grand cortège funèbre qui a commencé à l’Arc de Triomphe. Il s’est terminé à la chapelle de St. Jérôme (dans les Invalides) où beaucoup de monde attendaient les obsèques. J’étais là avec ma femme. La chapelle était complètement enveloppée en rideaux noirs – même la nef était tapissée en fabrique noire… c’était une vue solennelle. J’ai pleuré parce que je me souviens du bonheur quand la France était sous sa direction. Napoléon a donné beaucoup de gloire au peuple français ; je n’ai pas encore oublié les grandes victoires militaires, l’économie forte, et les nouveaux lycées.

On dit que le « Roi des Français » voulait nous apaiser en retrouvant le grand Empereur. Mais le retour de Napoléon ne change rien; non, il ne nous donne pas le droit de voter. Il y a toujours des problèmes que Louis-Philippe ne peut pas cacher en célébrant son prédécesseur. On fait une grande partie de l’économie depuis quelques ans mais on ne peut pas participer dans la vie politique. Je sais que mes collègues sont d’accords ; les bleus ne supportent plus ce « Roi des royalistes et de la haute bourgeoisie. »

Tuesday, January 25, 2011

La dernière note dans le journal de Jean Marie Roland de la Platière, à 59 ans


20 Brumaire II
(Le 10 novembre 1793)

J’ai appris l’exécution de ma Manon il y a quelques heures. La tristesse m’enveloppe. Chère Mme. Roland, comme tu me manques ! Pourquoi étais-tu tué ? Est-ce qu’il faut que tu meures pour la liberté ? Je n’en crois pas ; moi, je n’ai pas de liberté… elle est morte avec toi.

O ma femme, qui était si douce et si belle ! Qu’est-ce qui c’est passé dans notre cher pays ? A quoi ça sers, la liberté ? Je ne crois plus en la république française. Tout a changé très vite ; quand on est arrivé à Paris, on avait beaucoup d’amis. Dans notre salon, tu as reçu tous les grands amis de la révolution. Aujourd’hui on n’a pas une démocratie ; on a de la peur et du désordre. On ne sait jamais quand on sera appréhendé par les révolutionnaires. Beaucoup de Girondins sont déjà morts; notre cher ami, Jacques-Pierre Brissot, a monté l’échafaud il y a un mois. Et si je suis honnête, j’accepte la mort depuis quelques mois ; quand je n’ai pas supporté la mort du roi pendant son procès, les Montagnards étaient furieux. Je savais à ce moment-là que mes jours étaient comptés.

Et maintenant je me réjouis de la mort.

** Quand on a trouvé le corps de M. Roland, grand homme politique, il y avait ce billet sur lui : « Qui que tu sois qui me trouves gisant ici, respecte mes restes ; ce sont ceux d’un homme qui est mort comme il a vécu, vertueux et honnête. » **